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OJA, la street artist qui dissémine les icônes de la pop culture dans Paris

Catherine Deneuve, Mylène Farmer, Sigourney Weaver… Aucune icône n’échappe à OJA, street artist ponctuant les rues parisiennes d’hommages colorés et inspirants au possible.


Vous l’avez certainement croisée au détour d’une rue sur la capitale. Elle, ou plutôt ses créations. Car c’est sur les murs de Paris que s’affiche depuis un an le street art d’OJA. Les collages de l’artiste et graphiste magnifient les femmes qui ont parcouru nos nuits, dans une salle de cinéma ou durant nos soirées de mélomanes : Catherine Deneuve, Mylène Farmer, ou encore (plus étonnant) Ellen Ripley, l’héroïne badass de la franchise Alien, incarnée à l’écran par Sigourney Weaver.


Sur ces représentations colorées et enluminées, aux allures d’images sacrées tout droit sorties d’une église pop, on trouve également une citation bien choisie, et autour, une foultitude de détails graphiques. On reconnaît d’abord l’icône aperçue au détour d’une rue, puis l’on s’attarde sur cette admirable minutie visuelle, comme l’on reconstituerait un puzzle. Sur Instagram, plus de 1 600 fans suivent avec une curiosité vive ces déclarations d’amour aux légendes de notre culture, féminine et féministe.


OJA est revenue pour Terrafemina sur ces images urbaines aussi harmonieuses qu’inspirantes.

Terrafemina : Comment est né ce projet de street art ?

OJA : Je suis graphiste à la base. En quinze ans, j’ai exploré différents domaines – affiches pour des brocantes, travaux pour une agence, de grandes marques comme Dior et L’Oréal, ou encore des commandes dans le domaine culinaire. Après être passée par l’édition jeunesse, j’avais envie de réaliser un projet plus adulte, mais aussi plus visible et libre. Sortir un peu des licornes et du rose !


J’avais depuis quelque temps un projet street art à l’esprit et en voyageant à Lisbonne, j’ai eu un gros coup de coeur sur les azulejos, ces ensembles de carreaux aux motifs géométriques. Une forme d’expression complètement atemporelle, aux influences mondiales. Mes ex-voto héritent de cette identité graphique particulière, mais les cadres et ornementations puisent dans tout ce que j’ai pu composer au fil des années.


Par exemple, pour les typographies, je m’inspire des magazines type Vogue ou Elle, clins d’oeil à mon passage dans l’univers de la mode.


Tout a commencé il y un an avec une représentation de Catherine Deneuve, ornée de la phrase « Je ne suis pas un monument ». Pourquoi ce choix ?


O : L’idée initiale était de mettre des femmes en avant. Pas forcément par féminisme mais par égoïsme : je suis une grande fan de nombreuses femmes artistes, et Catherine Deneuve en fait partie. Je la suis depuis le film Indochine (Régis Wargnier, 1992) et j’aime beaucoup la période André Téchiné (Hôtel des Amériques, Ma saison préférée, Les Voleurs). Elle s’est évidemment imposée en premier. C’est une comédienne magnifique. Surtout, son apparence n’exprime pas ce qu’elle est en réalité.

Car Catherine Deneuve est en dehors des normes, rock’n’roll, loin de l’image de « bourgeoise du seizième » qu’on lui prête volontiers. Par exemple, on peut la croiser régulièrement à Saint-Germain sans problème, elle sort son chien elle-même, elle n’est pas inaccessible. C’est aussi une icône très parisienne, et donc reconnaissable par tous ceux qui tomberaient sur ces collages.


« Je ne suis pas un monument », cette phrase qu’elle a prononcée, la résume bien : oui, c’est un monument, mais elle ne se prend pas pour un monument – il suffit de lire les interviews.


Malgré tout, il y a, comme avec les monuments de la capitale, une dimension sacrée quand on observe cette oeuvre bleutée. Les enluminures lui confèrent presque une dimension sainte. D’où vient ce motif graphique ?


O : Ce que je voulais suggérer à travers ces ex-voto, en sacralisant ces femmes, et en les exposant dans l’espace public aux yeux de tous, c’est que la société actuelle tend de plus en plus à désacraliser justement – on le remarque particulièrement avec les réseaux sociaux. A savoir, on peut porter quelqu’un aux nues et le descendre le lendemain. Catherine Deneuve est un bon exemple. Elle a apposé sa signature à la tribune sur « la liberté d’être importunée ». Avec cet événement polémique, elle n’était alors plus inattaquable, mais désacralisée.


Autre star immortalisée à travers vos collages : Mylène Farmer. Une figure insaisissable s’il en est.

O : Je suis fan de Mylène depuis l’âge de huit ans. Elle incarne ce qui caractérise toutes les personnalités représentées dans mon art : c’est une femme libre. Pas forcément conquérante ou forte, mais libre. Elle est à part dans le monde de la musique, inclassable, même au sein de la variété française. C’est une artiste complète qui propose des shows pensés de A à Z.

Je me devais donc de mettre Mylène dans la rue et lui rendre hommage comme il se doit. Je lui dois la moitié de ma culture. Elle a posé avec les plus grands photographes au monde, connaît beaucoup d’écrivains, ses textes sont traversés de références, littéraires entre autres.


La journaliste de mode Sophie Fontanel, qui a elle aussi droit à son hommage, représente-t-elle également cette liberté ?

O : Oui. Sophie Fontanel a permis de démocratiser la mode. Elle a une manière assez incroyable de parler des créations de couture. Elle peut aussi bien nous apprendre à porter un haut H&M en solde qu’un pantalon Givenchy à 2000 euros. Elle apprend aux gens à se libérer d’un point de vue vestimentaire et composer leur propre style. A l’écouter, ce n’est pas tant la taille de la chemise qui compte mais la manière de la porter.

Elle ne met pas en avant que du Chanel mais aussi les friperies. Son compte Instagram m’a appris à porter les vêtements différemment.


Plus que les artistes, le choix des citations mises en avant semble très réfléchi. Comme cette accroche associée à Mylène Farmer : « m’extraire du cadre ». Alors qu’elle est précisément au sein d’un cadre, d’une création murale.

O : Oui, j’appelle ces phrases mises en exergue des épigraphes, car je préfère cela à « épitaphe » ! Je ne voulais pas juste coller des visages dans la rue mais y mettre du sens, avec une suite de signes, personnels et culturels, qui me concernent ou concernent celles qui sont représentées. J’aime aussi appliquer les initiales de la personnalité, c’est comme un jeu, le public doit deviner l’identité de celle qu’il regarde. Même si dans la plupart des cas, elles sont très directement identifiables.


Les endroits choisis dans Paris comptent également. Quand j’ai commencé cette série, je collais sur les spots street art, autour de Montmartre, de la Butte aux Cailles, au sein du 13e arrondissement, du Marais. Plus ça allait, plus je faisais en sorte d’associer ces dessins à une architecture, ce qui n’est pas évident : il faut jouer avec les espaces libres, mais aussi préserver le patrimoine, ne pas abîmer des murs qui ne sont pas à nous.


Quant à la citation « M’extraire du cadre », issue de la chanson Je te rends ton amour, elle exprime toute l’envie de désobéissance de Mylène. Elle résume ce qu’elle est, tout simplement.



Article issu du site : Terrafemina

https://www.terrafemina.com/article/culture-oja-la-street-artist-qui-immortalise-deneuve-farmer-ou-ripley_a359643/1

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